Aujourd'hui, en rentrant à la maison, j'ai été surprise par l'orage. Je suis arrivée trempée. Au nom de mon ordinateur, j'ai remercié mentalement les fabricants de sac à dos qui enduisent leur produits de produit imperméable. Et j'ai observé la lumière changer. Il me semble que les jeux de lumière qui précèdent et suivent les orages ont quelque chose de fort et d'émouvant à la fois. Je ne saurais l'expliquer, mais je me souviens clairement une peinture qui captait un peu de ce sentiment.
Claude Théberge est un peintre québécois qui a connu une trajectoire intéressante, gagnant plusieurs prix et bénéficiant d'une renommée internationale. Ici, on a commencé à entendre parler de lui dans les années 90 (hors des milieux artistiques j'entends), notamment par le biais des parapluies affichant des reproductions de ses toiles. C'est de cette manière absolument pas glamour que j'ai découvert ce peintre : je vendais des paprapluies dans une boutique de St-Sauveur, dans les Laurentides.
J'ai vite retenu le nom de ses toiles, du moins celles qui servaient de canevas aux parapluies. Plus tard, à Montréal, j'ai revu de ses toiles ici et là, dans des galeries. Sa signature visuelle est facile à reconnaître : des couleurs gaies, souvent des parapluies, ou encore des rubans et des foulards au vent, et puis des gouttes. Des gouttes d'eau qui semblent étrangement réelles dans un univers figuratif et naïf. On connait peu les peintres québécois, encore moins nos contemporains. Théberge est décédé il y a un peu plus d'un an. Un orage m'aura permis de me souvenir de ses parapluies, de ses gouttes et de ses amoureux sans visages, foulard au vent.
Vendredi dernier, je me suis pointée dans un stationnement de la rue St-Denis pour assister à Auto-Fiction, présentée dans le cas du Off-TA. Curieuse, j'étais enchantée que la météo permette enfin aux artistes de présenter ce projet de danse impliquant une voiture. À Mutek, la semaine précédente, je n'avais pas eu cette chance.
Mais en ce vendredi, le soleil est radieux, on entend le bourdonnement des terrasses et le ronron des voitures, justement, qui se pressent sur St-Denis. Nous sommes quelques dizaines à attendre, attroupés à quelques mètres d'un Subaru Legacy blanche qui n'a rien de chic, ni même de branchée. C'est exactement le type de véhicule qu'avait la dame qui tenait la garderie, au village, quand j'étais petite.
Puis, la musique commence : un bourdonnement de voitures qui fusionne avec le fond sonore réel. Les danseurs prennent place, un homme, Andrew Turner, et une femme, Milan Gervais, assis nonchalamment sur le véhicule. Ils vont d’abord glisser le long de son capot, « couler » depuis son toit jusqu’au bitume. Tourner, ouvrir une portière, sauter ici, agripper là. Et un étrange ballet prend forme, étrangement fluide, avec en son cœur cette bagnole qui tour à tour supporte les corps agiles des danseurs ou en subit les assauts en tressautant sur ses pneus. Puis rupture : le couple s’enferme dans l’habitacle et s’engueule. La foule rigole : qui ne s’est jamais engueulé dans une voiture avec sa douce moitié, en vacances en Gaspésie ou au retour d’un souper chez belle-maman?
Les moments dansés et les moments documentaires, présentant divers moments classiques vécus en voiture, se succéderont dans un mouvement très fluide de ruptures entre la poésie urbaine de ces corps qui enlacent un tas de tôle et ceux de notre répertoire commun de nord-américain. Une autre danseuse, Christine Joy Ritter, joint le couple. Relance le dialogue. Et la voiture est tantôt une scène, un danger, un pont, une bulle, et redevient voiture.
Il est rafraîchissant d’assister à une performance aussi jolie, mais surtout pertinente. La voiture n’est-elle pas au cœur de nos vies, omniprésente? À la ville comme à la campagne (demandez aux ados des régions s’ils ont hâte d’avoir leur permis pour enfin être libres d’aller et venir!), la voiture est partout. Rutilante ici, abandonnée là. Une commande à l’auto à 4h du matin. Un embouteillage collant d’humidité. Un french volé à la fin de la soirée. Une chanson « de char » qui nous revient. Un voyage en famille dans le Maine. L’auto c’est un paquet de souvenir. Ça soulève aussi un tas de questions. Auto-Fiction ne manque pas de les soulever, avec une subtilité et une humilité intelligente.
Vous aurez compris que j’ai adoré cette performance. Pour en avoir un avant-goût, visionnez le vidéo ci-bas. Mais idéalement, restez à l'affût et ruez-vous la prochaine fois que l'événement est programmé en ville!
Ariane Moffatt a écrit une chanson pour une Française nommée Amandine Bourgeois. Cette Amandine, qui n'a justement rien de bourgeois, est la gagnante de la dernière édition de Nouvelle Star, une émission du type Star Académie. Loin des minettes de 20 qui miaulent des paroles sucrées, Amandine chante avec ses tripes les chansons de Queen, Pink Floyd, les Beatles et Percy Sledge (When a man loves a woman). Elle rock, elle blues et ma foi, ça fonctionne bien! Certains seront critiques face à l'accent lorsqu'elle chante en anglais, mais force est d'admettre que la demoiselle a du chien sur scène.
Si le début de cette version de With a little help from my friends prend un moment à séduire, la montée finale m'a chavirée! Et puis, il faut un sacré culot pour chanter les Beatles... Ou de l'insouciance. Enfin.
Et quand elle chante en français, avec des mots sympas comme ceux d'Ariane Moffatt, ça fonctionne joliment. Voyez par vous-mêmes.
Aimant les géraniums, le vin blanc et les grasses matinées, je tente de vaincre le chaos à grands coups de post-it. Je suis doctorante en communication et consultante, ceci est mon blogue personnel : un blogue de critiques, de commentaires et parfois de tranches de vie.