
Mais en ce vendredi, le soleil est radieux, on entend le bourdonnement des terrasses et le ronron des voitures, justement, qui se pressent sur St-Denis. Nous sommes quelques dizaines à attendre, attroupés à quelques mètres d'un Subaru Legacy blanche qui n'a rien de chic, ni même de branchée. C'est exactement le type de véhicule qu'avait la dame qui tenait la garderie, au village, quand j'étais petite.
Puis, la musique commence : un bourdonnement de voitures qui fusionne avec le fond sonore réel. Les danseurs prennent place, un homme, Andrew Turner, et une femme, Milan Gervais, assis nonchalamment sur le véhicule. Ils vont d’abord glisser le long de son capot, « couler » depuis son toit jusqu’au bitume. Tourner, ouvrir une portière, sauter ici, agripper là. Et un étrange ballet prend forme, étrangement fluide, avec en son cœur cette bagnole qui tour à tour supporte les corps agiles des danseurs ou en subit les assauts en tressautant sur ses pneus. Puis rupture : le couple s’enferme dans l’habitacle et s’engueule. La foule rigole : qui ne s’est jamais engueulé dans une voiture avec sa douce moitié, en vacances en Gaspésie ou au retour d’un souper chez belle-maman?
Les moments dansés et les moments documentaires, présentant divers moments classiques vécus en voiture, se succéderont dans un mouvement très fluide de ruptures entre la poésie urbaine de ces corps qui enlacent un tas de tôle et ceux de notre répertoire commun de nord-américain. Une autre danseuse, Christine Joy Ritter, joint le couple. Relance le dialogue. Et la voiture est tantôt une scène, un danger, un pont, une bulle, et redevient voiture.
Il est rafraîchissant d’assister à une performance aussi jolie, mais surtout pertinente. La voiture n’est-elle pas au cœur de nos vies, omniprésente? À la ville comme à la campagne (demandez aux ados des régions s’ils ont hâte d’avoir leur permis pour enfin être libres d’aller et venir!), la voiture est partout. Rutilante ici, abandonnée là. Une commande à l’auto à 4h du matin. Un embouteillage collant d’humidité. Un french volé à la fin de la soirée. Une chanson « de char » qui nous revient. Un voyage en famille dans le Maine. L’auto c’est un paquet de souvenir. Ça soulève aussi un tas de questions. Auto-Fiction ne manque pas de les soulever, avec une subtilité et une humilité intelligente.
Vous aurez compris que j’ai adoré cette performance. Pour en avoir un avant-goût, visionnez le vidéo ci-bas. Mais idéalement, restez à l'affût et ruez-vous la prochaine fois que l'événement est programmé en ville!

2 commentaires:
sachez que Auto Fiction repasse bientôt début juillet à la biosphère !
A refreshing use for a car! That was two and a half minutes well-spent.
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