Samedi dernier, j'ai profité de la Nuit Blanche pour faire une saucette culturelle. Au menu de la soirée, la rétrospective de Claude Tousignant au Musée d'Art contemporain. Je ne suis pas une grande fan de la peinture abstraite, mais j'avais entendu Madame Grimaldi faire une critique fort élogieuse de cette expo, mentionnant avoir "senti la couleur vibrer" devant certains tableaux du peintre québécois. Ces propos m'avaient intriguée, j'allais donc au Musée avec toute mon ouverture d'esprit et mon enthousiasme dans ma petite poche d'en arrière.
Je n'ai pas été déçue. Si les premières oeuvres affichées m'ont laissée tiède, bien vite les immenses cercles concentriques de la série des Gongs m'ont subjuguée : je suis restée de longues minutes à cligner des yeux devant ces cibles géantes au couleurs fluorescentes.
Peintes dans les années 60 avec une précision maniaque (je voudrais bien savoir comment il a pu peindre des lignes courbes si nettes...), ces toiles incarnent une réflexion sur la densité de la couleur et sur la dimension plane du tableau. Tousignant emploie donc des peintures saturées, très pigmentées et les imbriques dans un jeu de cercles qui font cafouiller nos neurones : on voit des reliefs où l'on sait pertinemment qu'il n'y en a pas, on voit du rose là où il n'y a que des lignes oranges et bleues, on hallucine une ondulation là où rien ne bouge. Et c'est franchement déconcertant. L'effet est décliné suivant les diverses versions des Gongs ; le peintre vieillit et les rayures épaississent, les couleurs se tamisent. Mais les effets de profondeurs et d'ondulations développées sont encore perceptibles.
Puis, Tousignant se tourne vers le monochrome et poursuit sa réflexion sur la couleur. Il y a quelque chose d'impénitent et de pédagogique dans cette expo : on se fait la réflexion qu'il fallait être un artiste culotté pour exposer des panneaux monochromes, tout en admettant qu'il y a effectivement des sensations différentes à se trouver devant un gigantesque tableau rouge sang, puis son jumeau jaune citron. C'est là que l'artiste frappe juste : il n'est pas hermétique, sa réflexion sur la couleur et la toile comme objet nous rejoint. Effectivement, on vit la couleur, les texture et les formes là où il n'y a que du plat.Les commentaires à l'entrée de chacune des sales bonifient vraiment la visite et permettent au néophyte - dont moi! - d'apprécier à sa juste valeur cette rétrospective. L'exposition est en place jusqu'au 26 avril. À votre place, j'irais faire un p'tit tour.
Plus d'infos sur l'artiste ici, où j'ai trouvé les images de ce billet : http://tousignant.virtuel.macm.org/1000.php

2 commentaires:
Bruno avait raison. Très très bon billet. Tu es très brillante!
(je rougis!)
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